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Tribune de Jean-Pierre Mas : Mai, Mai, Mais

Aujourd’hui 19 mai, nous ouvrons les agences de voyages physiques. On peut circuler au sein de l’Union Européenne et en provenance de 7 pays « verts » dont la liste devrait s’élargir au cours des prochains jours. Le pass sanitaire européen (Digital Green Certificate) va être opérationnel en juin. Le bon sens voudrait que les voyageurs vaccinés soient dispensés de test PCR, que les conditions de circulation entre pays de l’UE soient harmonisées et que l’on puisse voyager en provenance ou à destination des Outre-mer.

Parmi les Français qui prennent habituellement des vacances d’été, trois sur quatre envisagent d’y consacrer un budget au moins équivalent à celui de 2019. Alors qu’il y a deux ans 20% des vacanciers d’été partaient à l’étranger, ils ne sont que 14% à projeter un voyage hors des frontières cet été. Malgré des signaux positifs, tout demeure fragile. Les effets de la reprise d’activité ne se font pas sentir avec la même réactivité pour un restaurant et un opérateur de voyages : les charges sont comptabilisées dès l’ouverture mais, à la différence d’un restaurant, nos produits ne sont comptabilisés que plusieurs semaines, voire plusieurs mois, plus tard.

Cette fragilité et cette inertie justifient des mesures spécifiques pour notre secteur.

LES MESURES DE SOUTIEN

Ce qui est acquis :

  • Jusqu’à fin juin : l’activité partielle et le fonds de solidarité aux conditions actuelles. Pour la suite, ces deux dispositifs seront maintenus avec des modalités en cours de discussion.

Ce que nous voulons obtenir :

Lors d’un échange lundi, avec le Directeur de Cabinet d’Alain Griset, Ministre chargé des PME, la spécificité de notre secteur a été identifiée, comme elle l’avait été lors de la publication de l’ordonnance du 25 mars 2020. Nous avons demandé :

  • La poursuite du fonds de solidarité tant que la faiblesse du niveau d’activité le justifiera pour tous les secteurs : distribution, accueil, production, groupistes, voyages de jeunes, évènementiel… on et off-line.
  • Pour la prise en charge des frais fixes, la suppression du plafond de 10 millions d’euros et du plancher de chiffre d’affaires mensuel d’un million d’euros, ou, à défaut, un traitement spécifique des entreprises pour lesquelles le fonds de solidarité ne couvre pas les charges fixes sur la période janvier-juin 2021.
  • La prise en compte de la situation parfois dramatique des travailleurs non-salariés (TNS).
  • Un soutien efficace afin de traiter les problèmes des PGE refusés et des fonds de solidarité qui tardent à être payés. Nous allons procéder à un recensement des dossiers dès la fin de semaine.
  • Le traitement du remboursement des avoirs émis dans le cadre de l’ordonnance du 25 mars 2020 : la plupart des opérateurs de voyage ont « sanctuarisé » les avoirs. Certains ont été contraints d’en utiliser une partie pour assurer en 2020 le fonctionnement de leur entreprise en raison du refus du PGE ou parce que l’aide octroyée ne couvrait pas les charges fixes de l’entreprise. Sur le milliard 500 millions d’euros d’avoirs encore en circulation une partie sera utilisée cet été. Les paiements effectués et bloqués auprès de prestataires (hôteliers, réceptifs, compagnies aériennes, tour-opérateurs…) représentent près d’un tiers du montant global des avoirs en circulation. Il est donc impératif d’aider les entreprises à franchir le mur du remboursement qui se dressera de septembre 2021 à mars 2022 Nous demandons au gouvernement de mettre en œuvre deux mesures :
    1. La prise en charge du travail non rémunéré pour chaque voyage : réservation, annulation, émission de l’avoir, proposition de nouveau voyage, nouvelle annulation, remboursement de l’avoir…
    2. L’accès au financement des besoins de trésorerie résultant du remboursement des avoirs sur un modèle inspiré du modèle hollandais (prêt à moyen terme). Ce financement gagnant-gagnant présente l’avantage d’éviter des défaillances d’entreprises qui fragiliseraient les garants et entraineraient pour les finances publiques la perte de la garantie d’Etat des PGE, le non-remboursement des charges sociales reportées et le cout social des fermetures d’entreprises.

Par ailleurs les Entreprises du Voyage sont particulièrement attentives à l’avenir de l’APST en raison de son caractère structurant pour notre écosystème. Il passe, à mon sens, par une intervention de l’Etat sous forme de fonds de dotation afin de permettre à l’APST et aux autres garants de faire face aux conséquences exceptionnelles du risque Covid. Nous avons attiré l’attention des pouvoirs publics sur l’urgence d’une solution pérenne

Jusqu’à ce jour notre détermination collective nous a permis de préserver l’essentiel.

Je tiens à vous assurer que nous ne planons ni sur le petit nuage de la reprise ni au cœur des volutes de la satisfaction des aides acquises. Le secteur a besoin de la poursuite et de l’adaptation des mesures de soutien jusqu’à ce qu’il ait retrouvé un niveau d’activité économique correct.

Nous pensons aux entreprises et à tous leurs collaborateurs, c’est ensemble que nous retrouverons le chemin de la reprise.

Notre détermination et notre mobilisation ne faiblissent pas. Au contraire !

Jean-Pierre Mas